
C'est Michaël Sebban, chanteur de rap, prof' de philo, écrivain, marchand d'art, amateur de havanes, voisin et juif qui m'a donné les plus belles pages écrites récemment sur le surf. Faut dire qu'il passe pas mal de temps sur Guéthary...
Si j'insiste sur le fait que Michaël est juif, c'est qu'il est justement question de sa condition dans deux de ses bouquins : La Terre promise, pas encore (2002) et Lehaïm (2004). C'est pour cela que je les ai lus. Mais comme souvent, un livre peut avoir plein de tiroirs : la preuve ci-dessous avec deux extraits consacrés au surf.
"Quand on surfe, le regard est aux aguets de chaque centimètre d'eau. On voit, mais on entend rien. Ni les bruits de la plage, ni ceux du vent ou des remous. On devient sourd au monde et à ses problèmes.
Et là, alors que je glissais, insouciant, seul au milieu de l'océan, mes tympans s'ouvraient au danger. Ce tourbillon qui menaçait de me happer à chaque seconde pour m'écraser sur le corail tranchant.
Tout d'un coup, j'entendais".
Extrait de Lehaïm [A toutes les vies], de Michaël Sebban. HACHETTE Littératures (2004)
"Quarante secondes. Ca dure quarante secondes, une belle vague. Et tu t'en souviens pendant dix ans. Mais ce n'est rien, rien de rien, rien de rien de rien du tout, comparé au plaisir tranquille de s'engouffrer dans le creux et de sentir sous ses pieds une masse d'eau qui devient matière, pendant quarante secondes. Quarante secondes pour oublier les fois où tu as failli te noyer, les fois où tu n'as pas pris une vague, les fois où tu t'es pris ta planche dans la gueule.
Les fois où j'ai failli pleurer, les fois où le courant m'emporte, les fois où je ne suis pas en place. Loin du point de déferlement. Les années passent. Vous savez combien de secondes il y a dans une année ? Moi non plus. Des milliards de fois quarante secondes. Où l'on se prend la tête, où on la prend aux autres, pour mieux se la prendre. Pour quarante malheureuses secondes, quarante secondes de glisse, sans accrochage ni raclure".
Extrait de La Terre promise, pas encore. Du même auteur. Ramsay, 2002.
Pourquoi ces deux extraits aujourd'hui ?
- Parce que lorsque je prends ma board, le soir, j'espère toujours tomber sur Michaël en ridant dans mon quartier, du côté de Télégraphe.
- Parce que l'idée de Paris Plage n'est pas de Bertand Delanoë mais bien de Michael Sebban qui le premier décrit des rouleaux s'écrasant sur la Place de la République ;-) Et chaque fois que je sors du métro, je m'attends à le voir prendre une déferlante arrivant de la rue du Temple.
- Parce que le premier passage décrit parfaitement ce que je peux ressentir lorsque je ride en ville (il suffit de remplacer "tourbillon" par "circulation" et "corail" par "trottoir" ;-)
- Parce je sais combien il y a de secondes dans une année : 31.000.536. Ce qui fait environ 775.000 vagues à surfer. Ou, 775.000 fois l'avenue Gambetta à rider...
Recent Comments