Le French Old School Skate Jam fêtait ses 5 ans cet été. J'ai encore trouvé une mauvaise excuse pour ne pas y être. Mais j'avais sur place un envoyé spécial : l’inénarrable Beurt (message perso: je t'aime mon gars) au verbe juste et haut en couleur.
Pour vous donner la banane en cette rentrée de septembre, voici son special report :
"Le French Old School Skate Jam retourne vers le futur et plus précisément vers le skatepark de la Généraudière à La Roche-sur-Yon, préfecture de la Vendée, capitale des insurgés antirépublicains et ville marquée par Napoléon c’est vrai, mais surtout par Benjamin Rabier qui a dessiné la Vache qui rit et Raoul Ponchon qui y a écrit : « quand mon verre est vide je le plains, quand mon verre est plein, je le vide » ; deux enfants du pays qui à eux seuls valent bien le détour.
Le skatepark de la « Géné » fût construit au bord de la rivière Yon à la fin des années 70 par une bande de joyeux dégénérés britanniques qui trouvaient sans doute que la Guerre de cent ans n’avait pas laissé assez de traces comme ça dans la riante campagne française… Je ne connaissait l’endroit que de réputation lorsque j’y débarquais en compagnie de Vinzzz, local de l’étape et de Yémolo, Italo/Britton au grand cœur ; et il faut bien dire qu’à première vue toutes les conditions n’étaient pas réunies pour faire de ce weekend un succès.
Le park tout d’abord, un demi-hectare de béton craquelé, rugueux et pas super roulant sur lequel nos amis d’Albion ont disséminé dans le désordre :
- Un grand bowl composé de massifs plans inclinés reliés par deux fois trop de plat et dépourvu de tout coping (c’est l’espace réservé au traditionnel banked-slalom)
- Un half-pipe brutal au milieu d’une cuvette ovale avec des courbes un pas super progressives, aucun plat dans la transition bien sur ; et surtout tellement de vert' là-haut, jusqu’au coping qui brille à nouveau par son absence, qu’on se dit qu’il faut bien en effet 30 années d’inconscience à roulette minimum pour aller y coller un Rock & roll.
- La dernière perle que recèle cet écrin à gamelles est un pool keyhole en piteux état, dont le shallow end ne sert que de lanceur pour vous expédier bien trop vite dans la partie profonde où la courbe vous attend, assassine et violente, renvoyant direct dans la vert surmontée d’un pool coping (une fois n’est pas coutume) édenté et proéminent qui ressemble bien plus à la chaine d’une tronçonneuse qu’à la margelle d’une piscine californienne…
Rassurant, non ? Et pourtant ! C’est dans ces conditions épiques et sous un soleil de plomb que s’écrit la légende d’un évènement exceptionnel ; une bande de vieux croulants balance là-dedans tellement d’énergie, de bonne humeur, et de bière chaude que le vieux park y trouve une seconde jeunesse.
Dans la fumée acre du BBQ de Don Mimo, les premiers runs du banked slalom sont lancés sous les encouragements de Bernard, l’enculeur de blaireaux, armé de la copie chinoise du mégaphone de Barbie ; attendant son tour de passer les dans les cônes, une faune décrépie de vieux skaters fait hurler la gomme dans tous les coins à grand coups de carves dans le half-pipe et le pool qui n’attendent que ça ; sous le soleil écrasant, la vieille garde dont certains membres sont déjà grand-pères, ressort l’antique tromblon estampillé Alva, les roues Tunnel, les Trackers et les ACS d’époque, une fiberflex ou un grip rose improbable et voila que les earlygrabs, tailtaps, handplants, Bert slides et autres aériennes variations en sortie de bowl refleurissent !
On échange des nouvelles des disparus, ou retrouve la trace d’amis perdus de vue et dont les exploits hantent encore aujourd’hui les couloirs en lino d’Endlesslines, la maison de retraite du skate Français. A la nuit tombée, quand on croit qu’enfin la chaleur, l’épuisement et la liqueur des pères chartreux à eu raison des plus braves, une main décharnée crève encore la surface du béton armée d’une canette pour réclamer « de la lumière dans le pool bordel de Dieu ! » et la cérémonie vaudou commence… Un crochet d’acier prolongé d’une lampe de mineur éclaire faiblement le trou sans fond d’où surgissent des zombies encore assoiffés de ride. Ils lutteront jusqu’au bout pour arracher, en une session qui marquera l’histoire, les plus impressionnants airs et grinds qu’il m’ait été donné de voir depuis des années.
Chaque nouvelle édition du FOSSJ prouve, s’il en était besoin, que le skate n’est pas un sport, ni même un art de vivre, mais bien une grande et belle famille qui s’enrichit chaque année de nouveaux membres. Chacun y trouve ce qu’il y cherche, sans star system et sans triche. Pour moi, l’envie de continuer à fabriquer les outils qui permettent à ces quelques malades qui les rident de s’arracher à la gravité le temps d’un run avec les copains. Il n’y a rien ajouter, ceux qui y étaient savent ce que tous les autres ont manqué. Merci, bravo et à l’année prochaine".


